 |
Forum Portail Vacances Tout sur le Tourisme : Carnets de Voyage, Galerie Photos, recits, guides et conseils.
|
| Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant |
| Auteur |
Message |
wildtrekker Bagagiste


Inscrit le: 19 Sep 2007 Messages: 5 Localisation: Toulouse
|
Posté le: Mer Jan 16, 2008 9:38 pm Sujet du message: "LE DRAGON DU NORD" 2 jours sur le long chemin |
|
|
Bonjour à tous,
Voici pour ceux qui aiment la lecture un résumé à l'état encore un peu brut et accompagné de jolies fautes d'ortho. de 2 journées sur le "Long chemin".
10.02.2007
63°51’’00 013°58’’05 800m ALT
Les journée suivantes sont paisibles sous le ciel gris, il fait – 10° parfois -8°. Je suis en tee-shirt sans cache nez, laissant un peu le visage à l’air libre, ma barbe est dense maintenant. J’avance paisiblement sur une neige fraîche qui commence à coller. Les dénivelés s’enchaînent gentiment, mais rien à voir avec les pentes du côté d’Helags. Le cap au 40° est franchement facile à suivre car je distingue parfaitement un pic dans son azimut avec une sorte d’igloo couronné de neige poudreuse sur son arrête. Logiquement une piste venant de l’ouest converge à la base de ce sommet entre 10 et 12 km de la position actuelle. Je suis à trois km/heure en moyenne, donc dans 4 heures approximativement je reprendrai Cap Nord toute. Il me restera encore 6 à 7 km de plus avant de stopper pour profiter d’une bonne soirée sous les étoiles. Je suis motivé, me déplaçant sans vraiment réfléchir ni rêvasser, glissant mes pas dans une mécanique simple. J’avance et les heures défilent au travers d’une solitude qui donne un sens particulier à cette marche. Dans ces contrées désertiques, la moindre prise de risque semble prendre des proportions immensément plus dangereuses. Certain peuvent se demander pourquoi on se lance dans une telle démarche, j’imagine simplement qu’il y à des sensations qui ne peuvent s’expliquer que par l’expérience directe. Etre seul au milieu du vide répond à ce formidable désir de vivre en tant que voyageur du monde réel. Loin des autres, plus prés de soi-même, en communion avec la nature et les éléments le cœur bat à un rythme dense. Il pulse un sang pur, nettoyé des cailloux qui bloquent l’esprit d’une vision mentale claire et très simple. Je ressens une nouvelle énergie qui inonde mon être d’un autre champ de possibilité. Un autre point de vue intéressant est celui de Charlotte brontë qui disait : « Il est vain de prétendre que les homme devraient se satisfaire de la tranquillité, il leur faut de l’action et ils en inventeront s’il ne peuvent en trouver ».
Plus tard, je croise une piste balisée qui ne peut pas être la mienne car le chronomètre qui me sert d’avertisseur de cap n’a pas encore sonné. La route continue pour débarquer finalement sur une espèce de micro station de ski déserte. Qu’est-ce que je fabrique ici ? Surpris, je refais mon point, mais tout semble correct. Pourtant à l’endroit où je suis censé trouver ma piste, se dresse un petit gîte en rondin de bois clair d’où la fumée s’échappe de la cheminée. Je m’approche de la porte et frappe. Des pas résonnent sur le plancher et une dame à l’air aussi sympathique que stupéfait m’ouvre. Elle me demande si tout va bien ? J’en profite alors pour sortir ma carte, lui indiquant la trace recherchée. Dépassée par les évènements, elle appelle une autre personne à l’intérieur. Sortant alors de la pénombre enfumée, un homme dont l’age est un mystère me salue gentiment en suédois. Il porte un solide poignard à la taille et une barbe blanche de quelques lunes. Se tordant de rire en voyant mon plan, il m’explique gentiment que cette piste n’existe plus depuis pas mal de temps, soulignant au passage la date de ma carte : 1993.
Même ici certaine chose changent ! Semble t’il dire.
Le trappeur retourne vers l’intérieur du chalet pour y prendre un stylo qui disparaît entièrement entre ses doigts énormes et déformés. Il dessine alors maladroitement un itinéraire grossier sur un papier afin de m’indiquer plus ou moins ma destination. D’après la nouvelle piste, l’étape se rallonge. Il me faut reprendre en faisant demi tour jusqu’au passage que j’avais ignoré tout à l’heure. Je les remercie tout deux et profite de l’occasion pour m’offrir deux énormes sandwichs accompagnés d’un café que je paie avec les quelques pièces qu’il me reste. J’emprunte aussi quelques sucres au passage car mon tilleul menthe m’ennuie passablement. Ayant remarqué sur le chemin une espèce de hutte avec trois pans de bois et un toit, je demande avant de partir si il est possible d’y camper pour la nuit ? Le trappeur me conseille d’y rester et m’offre du bois sec. Je déneige l’abri à coup de pelle et creuse un trou, puis me réchauffe devant mon premier feu de la saison. L’eau pour les thermos de demain se met à bouillir pendant que j’écoute quelques animaux sauvages dans la nuit. L’odeur de la nourriture les attire.
Cela fait Plusieurs semaines que je n’ai pas donné de position à mon équipe en France, le signal hertzien ne grésille toujours pas. J’espère que l’on ne s’inquiète pas trop. Les extrémités de mes doigts sont complètement désensibilisées maintenant. Mes mains ressemblent de plus en plus à des pattes d’animal, sales, boursouflées, craquées, cloquées. Je repense également à ce matin, lorsque je me suis regardé dans le petit miroir. Cela faisait une bonne dizaine de jours que je ne m’étais pas vu. Ceci est un autre aspect intéressant lors d’une aventure que d’oublier un peu son image et ce que cela implique… Ainsi, lorsque soudain en réapparaissant j’ai rencontré dans le reflet quelqu’un de différent, de plus vrai, j’ai constaté à quel point l’environnement signe ses traits et modèle un visage de sa propre main, comme une signature. Lors d’une expédition il faut savoir garder un œil sur soi, ne serait-ce que sur un plan médical, sur son aspect et vérifier l’état des gelures. Un miroir peut servir pour beaucoup de choses, se recoudre lors d’un accident, envoyer un éclat de lumière afin d’être repéré etc.…
Le feu soudain se met à souffler bruyamment. Cela me rappelle ce que disait ma grand-mère lorsque nous étions ensemble devant la cheminée et que ce produisait ce phénomène :
« Quelqu’un vient nous rendre visite ! » disait-elle.
J’espérais souvent que ce soit vrai à cette époque. Etrangement ce soir, je n’attends et ne souhaite aucune surprise. Il fait un très confortable -2° dans la tente qui est montée dans l’antre même du minuscule abri. Le matelas en laine de verre est placé sous la toile étanche du tapis de sol. Tout va bien, je suis au mieux de ce que l’on puisse faire dans de telles conditions. Je me demande combien de km sont déjà effectués, réalisant que je commence à vraiment perdre la notion du temps. J’ai pourtant l’impression de débuter le périple tant chaque nouveau jour est différent du précédent.
LE 11.02.2007
Je me réveille tôt, mais décide de m’accorder encore une petite demi heure au fond de mon duvet si efficace et performant face à ces féroces températures. Il fait noir dehors, le vent souffle un air glacial qui me fait frissonner rien que de l’entendre. J’avale un petit déjeuner ignoble : un thé mente, goût crevette de ma soupe de la veille. Je n’ai qu’une seule popote alors passer d’un aliment à l’autre sans un lavage efficace donne quelquefois des saveurs cocasses. J’attends sous la toile devenue rigide à cause du froid, le spectacle d’un autre jour qui se lève. Quelques minutes plus tard, un puissant soleil émerge chevauchant le dos d’une vaste crête qu’il embrase des couleurs que seul l’arctique éveille. Le ciel est pur, pas un nuage n’a su trouver cette route du bout du monde. Durant un fabuleux quart d’heure j’assiste au plus beau lever du jour de ma vie. L’espace est turquoise, les cieux, la neige, les stalactites, ma tente orange, tout...Telle une signature d’un grand maître impressionniste, dans le lointain horizon, une délicate ligne unie simplement d’un rouge vif flamboyant les éléments air et terre. Je pense à mes amis photographes : Laure et Nöt, dont c’est le genre de moment rêvé, un instant de couleurs inconnues et éphémères.
Léger et déjà satisfait de la journée, je m’engage quelques instants plus tard sur une piste agréable, dont les difficultés restent modérées, le rythme est bon.
Miroitantes sous le soleil, les montagnes resplendissent de beauté autour d’une vaste clairière. Je traverse un passage intérieur du plateau, où une légère faille forme un ourlé de plusieurs kilomètres de longueur. Je longe cette cicatrice naturelle sur son coté gauche dont le rebord offre un passage parfait. Quelques pierres sombres percent la surface blanche, on dirait des sentinelles curieuses et surprises d’apercevoir quelqu’un. Cela fait déjà 5H00 que je glisse s’en m’en rendre compte, c’est mon estomac qui me prévient. Je stoppe alors au centre d’un lac qui forme un cercle parfait mesurant approximativement 4km de diamètre. L’épaisseur de glace est énorme et sûre comme souvent sur les bassins que l’homme ne touche pas. Je me rassasie d’une soupe aux nouilles, coucous fromage, saucisse, que j’avale avec grand plaisir puis me repose 45min environ avant de repartir.
J’enchaîne les km avec une grande facilité. Déjà vingt-cinq, j’ai pourtant l’impression de commencer l’étape. Lorsque l’on tient une belle journée, il faut en profiter pour avancer. La chaleur augmente anormalement, elle crée des mirages qui gondolent l’horizon. Il fait 4C° au dessus de zéro bien nous soyons au mois de février, que se passe t’il donc ? Motivé par ces perspectives agréables mais étranges, je me sens prêt à plier cette zone désertique à toute allure. Il est absolument inutile de traîner par ici, car si le vent décide d ‘exercer son autorité sur ces plateaux, rien ne l’empêchera alors de devenir un monstre dont l’autorité ne pourrait être discuté. Toujours ce vide, ces étendues sans limites. L’homme est un drôle d’animal me dis-je en réalisant que je fais partie de la seule espèce qui contre nature lutte et défie volontairement l’espace pour son plaisir. Nous sommes bien les seuls à nous engager dans ce que j’appelle une « migration moderne » consistant à modifier la route millénaire ordonnée par le grand battement mystérieux de notre planète. Une migration volontaire, réglée à l’inverse de toutes les meutes animales, qui elles d’instinct voguent vers un Sud logique et plus clément. Lunettes collées aux yeux, armé d’un compas et de savoir imprimé sur carte papier je me dirige droit sur un Nord hostile. La nuit se rapproche, je suis encore entrain de skier. Au réveil ce matin, tout était bleu, maintenant me voici ce soir dans du rose. Un rose bonbon d’une luminosité surréaliste, la neige est devenue une gourmandise sucrée, les quelques sapins que je croise sont des pâtes d’amandes douces, je voyage en toute quiétude au pays des merveilles.
La lumière de ma lampe frontale creuse un sillon sur le sol pendant que les traversées de lac s’enchaînent, de plus en plus nombreuses. Des lacs de plus en plus grand surtout, le dernier m’a tenu dans l’angoisse sur une bonne dizaine de kilomètres. Il m’est encore difficile de me détendre lorsque je sais qu’il y a des centaines de mètres de fond sous la glace. Marcher sur l’eau n’est pas naturel pour tout le monde.
Cela fait plus de dix heures que je pousse sur mes skis, la nuit noire m’enveloppe fermement depuis un temps que je n’observe plus. Exténué et ne sachant pas à quoi m’attendre avec ce dernier lac dont les rives restent absolument invisibles, je décide un demi tour au bout d’un kilomètre. Ce réservoir naturel à vraiment l’air gigantesque et je ne sais plus précisément où je suis car mon GPS ne dit que des conneries imprécises. Je commence à me sentir épuisé. Cela fait 14h que je suis debout à m’activer comme un pou dans cette superbe journée. Ce soir la température est de -17C°, une variation brutale continuant de s’accentuer. Lorsque la forêt entourant une partie de la berge inclinée apparaît, le noir dense de la nuit est devenu presque aussi palpable qu’un lourd rideau de velours. Les sapins sont énormes, par endroit une neige encore molle s’entasse sur plusieurs mètres d’épaisseur. Je suis obligé de garder mes skis pour monter le camp et ne pas m’enfoncer jusqu’à la taille. Mon corps ruisselle de sueur d’avoir autant fourni d’effort aujourd’hui. J’ai parcouru plus de 60kms et mon organisme est entrain de me lâcher d’un seul coup. La transpiration gèle rapidement sur les vêtements, l’onglet s’empare une fois de plus de moi, j’hurle de douleur. Des larmes d’impuissance montent tandis que mon cerveau calcule d’urgence des théories pour s’adapter à la situation. Un rapide coup d’œil sur le thermomètre m’indique qu’il fait
-23°C. Mes pieds vont exploser, le même calvaire semblable au précèdent se profile. Puis-je continuer à monter le camp ? Faut-il que je mange avant de tomber d’une hypoglycémie ? Dois-je réchauffer mes pieds en priorité ? Tout se précipite une fois encore en à peine cinq minutes ! Soudain une réponse s’imprime dans ma tête. Il me faut du feu ! Le feu m’éclairera, me nourrira de sa chaleur, sauvera mes pauvres membres mal chaussés et me rassurera peut-être, car une peur primale idiote c’est emparée de mes idées. J’imagine des yeux impitoyables dans cette forêt, des yeux de loups, je perçois quelque chose d’anormal. Il n’y a pas de bois mort dans le secteur et m’enfoncer d’avantage sous les énormes branches qui pendent comme des bras décharnés ne m’enchante guère. J’ai toujours respecté mon anxiété, la considérant comme un excellent système d’alarme face à l’invisible ou l’improbable. Soudain la solution jaillit ; le panneau qui porte le nom du lac ! Ce large tableau aperçu brièvement lors de mon passage avant d’entamer la descente sur la glace. Au diable les règles de courtoisie et de civisme, je vais claquer net si je ne réagit pas. Le dos voûté, un visage blanc de givre engoncé dans une veste de montagne gelée. Grognant comme un porc que l’on égorge et traînant une jambe boiteuse presque morte, je retourne vers le lac. Le chemin en pente est étroit, mes pas crissent troublant un silence d’outre tombe. Quelques pales étoiles luisent dans le ciel sombre. Les arbres ondulent et bruissent doucement dans une danse macabre. Une terrible machette noire pend le long de mon bras ganté. Sans exagérer, on croirait Jack Nickolson dans Shining 2. J’explose alors le panneau comme une grosse brute que je suis ce soir, avec les mêmes bruits de dément que pousse l’acteur du film lorsqu’il cherche à décapiter sa gentille famille.
Voilà, j’ai un bon gros feu, et les esprits bizarres qui hantaient les parages du camp ont disparus, volatilisés, probablement effrayés lorsqu’ils m’ont vu à l’œuvre dans la découpe déterminé du bois. J’enchaîne sur une soupe parfaitement immonde puis m’endors tout habillé et puant .Réveillé deux heures plus tard transi de froid, je ne me rendormirait pas cette nuit. Mes dents ne cessent de claquer, la gelée nocturne m’avale tel un boa gobe sa proie. C’était vraiment stupide de se taper 60 bornes en un jour, d’autant que j’ai des remords d’avoir dû détruire ce panneau pour me chauffer. _________________ http://wildtrekker.blogs.myfreesport.fr/album/wildtrekker/ |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
admin Administrateur


Inscrit le: 17 Oct 2006 Messages: 114
|
Posté le: Sam Avr 12, 2008 7:31 pm Sujet du message: |
|
|
Superbe résumé et superbes photos !
On attend la suite du récit avec impatience !! _________________ Webmaster du site PortaiVacances
http://www.portailvacances.com |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
|
|
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum
|
|